"Et d'abord il y a l'aîné...", Jacques Brel*
L'idée a laissé sa place à l'émotion. La petite vertue domine à nouveau. Retour aux années 50. Le puritanisme en moins, ou le sordide en plus. Et qui peut mieux d'autre que l'illustrer ce journal aux trois sigles. C'est une niche commerciale en jargon marketing. Bien joué. Les chiffres non connus ne semblent pas trop mal se portés. Du moins c'est ce qui est murmuré. Un journal populiste qui dénonce le populisme. ça fait vendre. Malgré les talents, certains succombent au dévoiement de l'information à la mise en scène et à l'indignation qui l'accompagne. Réveiller nos plus bas instincts sous couvert d'une douceur amère de la morale pourrait être le credo de ce faits-diversier bien connu dans le Sud de l'île. Entre autres. Il s'indigne, puis accuse vite, trop vite. Et le prétexte parce que ces articles s'avèrent fortement renseignés, l'auteur s'autorise à plaider comme les bons pasteurs évangélistes. Et dérape.
Depuis le suicide de ce kiné soupçonné de pédophilie à Saint-Pierre, je ne peux m'empêcher de m'interroger à savoir si la Une du JIR affichant sa plaque de son cabinet ainsi que son nom en gros caractère, article du susnommé, n'a pas une certaine responsabilité. Je ne remet pas en cause le droit d'informer sur cette histoire mais n'aurait-il pas valu prendre plus de recul. Certains faits ont été établis et sont incontestables. Mais nombre d'accusations sont tombés à l'eau depuis la mort du présumé coupable. Et j'insiste présumé. (Pour vous informer sur cette histoire, je vous renvoie aux archives de Clicanoo).
Toujours sur une histoire traitant de pédophilie, l'auteur sévit à nouveau. Avant de s'attaquer au fait, il faut attendre une bonne dizaine de lignes pour laisser place son indignation, facile et éhontée, au déroulement. Au fur et à mesure de la lecture, on s'enfonce dans le sordide. Tout est détaillé. L'auteur y met du rythme. On y ressent une forme de jouissance. Frappant de paradoxes avec la petite morale décrite quelques lignes auparavant.
En les relisant chaque jour, je m'éloigne un peu plus de cette maxime tant connue d'Albert Londres : « Notre rôle n’est pas d’être pour ou contre, il est de porter la plume dans la plaie. » Bien sûr nous sommes tentés de nous laisser déborder par nos émotions. Mais elles ne peuvent être excusables, car nous pouvons jamais prévoir l'étendue des conséquences. Ils peuvent se révéler dramatiques. Et lorsqu'elles sont manipulées, cela devient tout simplement dégueulasse. Notre impunité n'est plus à démontrer, car on se fout royalement des conséquences. Du moment que cela fasse vendre.
Un exemple parmi tant d'autres de la vanité qui guette chacun des journalistes.
* En parlant de mon projet d'article, un ami journaliste a eu l'idée de ce titre. Extrait tiré de Ces gens-là de Jacques Brel.