Ils ont baissé les bras...
Ils ont baissé les bras. Ecoeurés et éreintés par le mépris, les diktats, les incohérences... Et pourtant ils ont mis du coeur à l'ouvrage. Ils connaissent leurs dossiers. Chaque jour, ils tentent par leur rigueur ou leur pondération d'écrire avec intelligence pour l'intelligence du lecteur. Mais voilà on leur demande d'être des crieurs des champs de foire. Ils se sont défoncés, n'ont pas compté leur heures, ils ont été mobilisés, voire réquisitionnés, jour de grand événement, tout cela pour une fiche de paie qui stagne autour de 1 500 euros net par mois. Aucune reconnaissance, ils doivent faire du scoop. Point barre. Ils continuent néanmoins. Il faut bien manger compte tenu de la précarité de ce secteur et du fort taux de chômage. Ils continuent car ils sont journalistes avant tout. Plus qu'un métier, une manière de vivre. Un grand nombre attend sa mutation : Nouvelle Calédonie, La Provence, Corse Matin, la Polynésie et j'en passe. Bref se retrouver dans une rédaction où l'unilatéralité n'est pas un point d'orgue de managment. Où la base est un minimum consultée et non pas considérée comme un troupeau de moutons de panurge.
Ecoeurés de voir un grand brûlé en large photo, écoeuré de voir en Une la photo d'un jeune homme mort, les yeux ouverts, son cadavre sur le trottoir. Un voyeurisme trash qui dessert le peu de crédibilité que ces journalistes tentent de maintenir à tous prix. Un voyeurisme qui nous fait du tort, car ces photos rebutent.
Ecoeurés parfois de manipuler l'information sur diktat de leur hiérarque. Pour preuve : comment un journaliste a dû bidonner une photo d'un reportage afin de répondre au desidara de ses chefs. Je n'irai pas plus loin car je ne veux pas porter préjudice à ce collègue qui risquerait également de se faire sanctionner.
Aujourd'hui, je m'attend à la sanction. Le licenciement. J'ai osé l'ouvrir. Car je ne pouvais plus être considéré comme une serpillère, un paillasson. De voir autant de souffrances psychologiques parmi mes collègues. Comment ils pourraient faire entendre leur voix lorsqu'on leur interdit toute forme de syndicat, sous peine d'être virés ou être placardisés. Ou tout simplement la crainte de se confronter à la fureur du grand patron.
Comments
Bonjour confrere. Interessant, ce que tu dis. Et ton recul. Mais rien d'etonnant quand on connait l'histoire et le passé du JIR. Cela dit, la démission et la clause de conscience ne sont pas des vues de l'esprit. Et le chomage n'est pas une fatalité pour un journaliste qui connait son boulot. C'est vrai que ce n'est pas un métier comme un autre. Il "mène à tout à condition d'en sortir". J'espère que ton blog survivra.
Cordialement et confraternellement, Laurelen
Quel courage, enfin un qui dénonce ce journal voyeuriste, qui n'a aucun respect de la présemption d'innocence.
Certaines questions soulevées sont intéressantes. Soit. Alors vas y, organise une table ronde, prend la parole en public. Discutons. C'est pas interdit ça quand même ? Ce serait certainement beaucoup plus sain que cette initative presque anonyme. Est ce comme cela que tu vas arranger les conditions de travail de tes petits collègues que tu prétends défendre. Ils t'ont demandé quelque chose ? C'est ta manière de leur redonner du crédit auprès de la hierarchie ? Ton geste sournois ne fait qu'ajouter suspicion et tension à une rédaction qui n'a pas besoin de cela. Merci de ne pas mettre tout le monde dans le même sac. Il y a de jeunes journalistes qui ont trouvé au JIR des moyens de s'épanouir et de proposer des choses, qui viennent de bon coeur le matin au bureau.
Ce costume que tu endosses de celui qui l'ouvre, de celui qui ose, qui dit non comme De Gaulle en son temps est beaucoup trop grand pour toi. Ce que tu crois être l'acte ultime de rebellion est en fait assez pathétique.
Tes paroles sont sages et posées, Bozo. Et je les partage volontiers. Mais pour pouvoir dialoguer, il faut de la réciprocité. J'emploie les armes qui me sont à la disposition. Je ne crache pas sur tout, mais sur un système. Je suis fier lorsqu'on sort une info, lorsqu'on surmonte les difficultés, lorsqu'on a bien fait son boulot. Il est vrai que mon geste est sournois. Ne dit-on pas ne crache pas dans la main qui te nourrit. Raaahhh pfeuuuuu !!! J'ai fait avec mes armes.