L’exception qui confirme la règle
Il y a des symboles médiatiques qui sont un peu comme l’arbre qui cache la forêt. Rachad Nourdine, immigré anjouanais, est de ceux-là. Marianne, mère fouetteuse par ces temps qui court, s’est rappelée à sa bonté.
Depuis le 27 décembre, Rachad et sa famille, immigrés clandestins selon le tribunal administratif de Saint-Denis, étaient assignés à résidence dans l’attente de son expulsion, prévue le 22 janvier. Mais voilà l’ironie du sort qui surprend tout le monde : la préfecture délivre une carte de séjour à Rachad Nourdine et à sa famille à titre exceptionnel. Avant même que la procédure judiciaire soit terminée. Les comités de soutien, les responsables associatifs d’aide aux démunis exultent de joie.
Quelle mouche à donc piquer la préfecture pour rendre une telle décision. Elle ne peut s’expliquer tout naturellement que par son caractère politique. Le 19 octobre 2007, lors du court passage à la Réunion de Fadela Amara, la médiatique secrétaire d’Etat détachée aux banlieues, Rachad Nourdine est montré en exemple d’intégration devant toutes les caméras. Alors que la préfecture lui cherchait les poux depuis juin.
Pied de nez via la préfecture à Brice Hortefeux et à la politique d’immigration gouvernementale ? Ou bourde d’une secrétaire d’Etat encore trop naïve ? En tout cas, la machine administrative est en route et même la redoutable pression médiatique ne peut freiner son élan.
Peu importe les bons critères de ce que doit être un bon immigré, ils n’ont pas force de loi. Rachad Abdou Nourdine correspondait pour autant à tous les points de vue : une intégration qui ne souffre pas de contradictions. Une éducation à l’européenne, des études supérieures en Afrique du Sud, trilingue, engagé associatif, un travail, des enfants sages et performants à l’école. Bref, le bon cheval médiatique.
Pour autant l’expulsion devient inévitable. Cela fait désordre : entache la crédibilité politique de Fadela Amara, qui en a bien besoin. En mauvais terme avec sa ministre de tutelle, Christine Boutin, et en difficulté sur son plan banlieue (Sarkozy le trouve décevant, manquant de punch). Il est clair que la préfecture n’a pas été saisie de bonté, comme les apparences pourraient le laisser croire, elle l’a reçu un ordre, et Fadela Amara et y a œuvré.
Mais que retient-on véritablement de cette tragique histoire ? Le fossé géant entre le discours politique et sa mise en œuvre administrative. Ce n’est pas une nouveauté. On retient surtout qu’il y a les bons immigrés et les mauvais. Navrant et populiste compte tenu de l‘approche imminente d‘une nouvelle vague d‘émigration, sans pareille et accélératrice des chutes des civilisations en place.