Posts (page 2)
Sur radio freedom, le 24 décembre. Affaire Valérie Bègue. Geneviève de Fontenay a demandé la démission de Miss France suite à la publication de photos volées, un tantinet éroto-soft, dans Entrevue.
"Il faut que la France ait ses cochonnes", lança à l'antenne un auditeur avant d'être coupé brusquement. Eclat de rire. Mon mépris pour les concours de beauté s'est peu à peu transformé en amusement. Une hystérie collective qui m'en apprenait plus sur les imaginaires créoles que n'importe quel scandale politique.
Je l'avoue, je me suis pris au jeu sur les mésaventures de Valérie Bègue. Son sacre de Miss France m'avait agacé. Je savais que les hiérarques allaient se branler dessus. Ventes assurées. Deux suppléments magazine photos (repiqués sur l'AFP) en moins d'une semaine. A nouveau pain bénit lorsqu'Entrevue publia les photos chocs volés et la polémique qui s'en suivit. Ragot, extension de l'écriture pour sortir deux pages par jour (soit environ 16 à 17 000 signes), suppositions de mauvais goût et surtout une mauvaise foi dans le partie pris. Le mot d'ordre éditoriale : soutien complet à Valérie Bègue, devenue une vache sacrée. Et pas question d'amener quelconques réserves. Carte blanche est donnée pour s'embrayer dans le délire populaire.
Quelques hiérarques se mirent alors en tête de découvrir le voleur et receleur des photos. "Le rat", comme ils le surnomment dans les colonnes du journal. Sur le bureau du chef des faits-divers, traînent un gros rat en caoutchou. Tout un symbole de l'état d'esprit qui anime certains dans la rédaction. Suppositions, supputations vont bon train. Un jeune artiste graphiste, au pseudo de Nimbus, réputé pour son tempérament de provocateur, est mis en accusation et se défend dans les colonnes du journal. Bref, c'est un raz-de-marée teinté de Macarthisme qui balaye la Réunion (ref : Mac Carthy lança une campagne de chasse des communistes américains ou supposés dans les années 50 et 60). Le JIR joue le jeu à plein pot : faire durer la polémique. D'ailleurs il peut compter sur son fidèle compagnon de toujours, radio Freedom qui s'empressera de relayer.
Le soutien est populaire et rien ne doit contredire la communion avec cette princesse de beauté. L'hystérie est collective. Le vieux relent victimaire des méchants Métros repointe le bout de son nez. La polémique dépasse tout le monde. Mais comme toute hystérie, elle est passagère. Les fêtes de fin d'année et les amourettes de Sarko deviennent les nouveaux sujets d'attention du peuple. Du pain et des jeux ! (Les Romains avaient tout compris de l'art de la démocratie). Au même moment les vacances d'été prennent leur droit. Les défenseurs bornés de Valérie Bègue désertent la rédaction pour prendre leur congé annuel bien mérité. Reste un petit groupe de journalistes, bien que séduits par la beauté de Miss France, s'attache alors à traiter l'affaire de manière plus neutre. Décembre passe, janvier se pointe sur sa fin, les rythmes de publication d'articles sur Miss France s'écartent, Le soutien est sous-entendu, l'écriture plus neutre.
Une distance est enfin prise. L'hystérie est retombée et ce malgré les provocations d'Ardisson. (Dans son émission Salut les Terriens, il interroge Geneviève de Fontenay et Miss Pays de Loire, susnommé la Miss France bis sur la polémique de décembre. C'est alors qu'il lâche : "Quelle pute ! Elle m'a bien niqué.". Valérie Bègue porte plainte).
Les courriers des lecteurs, les témoignages de ceux qui furent surpris et dégoûté par cette hystérie collective deviennent enfin audibles.
Mi janvier, un début d'après-midi sur Freedom. Des auditeurs se plaignent de la censure contre ceux qui se sentent offusqués par les photos ou les réactions de délire. L'animatrice botte en touche, les détracteurs de Valérie Bègue sont coupés, parfois brusquement, parfois de manière plus incidieuse (le prétexte coupure réseau fut d'un remarquable secours). Un puis deux, trois, quatre, cinq... se succèdent à l'antenne. L'animatrice est alors prise en flaggrant délit de censure. Censure devenue tellement visible que le sujet de débat sur Valérie Bègue est alors renvoyé aux calendes grecques.
23 janvier 2008. Nouvelle conférence de presse de Valérie Bègue lors d'un séjour soi-disant incognito à la Réunion. Objet : énièmes remerciements et affaires judiciaires en cours.
En feuilletant le Cinénews du 23 janvier au 29 janvier 2008, une annonce d’un film dont la sortie est prévue en septembre retient mon intention : Mesrine. Le truand number one comme on n’en fait plus aujourd’hui, symbolisant le gangster français des années 70.
Je n’avais que trois ans quand il s’est fait abattre par les flics dans sa bagnole, porte de Clignancourt, le 2 novembre 1979. J’ai grandi en même temps que sa légende dans l‘imaginaire populaire.
Une vingtaine d’années plus tard, je bosse pour ce journaliste que Mesrine avait laissé pour mort afin de « se débarrasser de ce parasite ». Jacques Tillier, journaliste à l’époque à Minute, journal qui n’était pas encore d’extrême droite, et aujourd’hui directeur du Journal de l’île de la Réunion, dont le propriétaire n’est d’autre que le Groupe Hersant, anciennement France-Antilles. En 1979 Jacques Mesrine est agacé par les articles de Jacques Tillier, qu’il reproche d’être mensongers et d’être un indicateur de la police (à savoir que Jacques Tillier est un ancien de la DST, la sécurité intérieure, et est un ami proche de Lucien Aimé-Blanc, chef de l‘Office central de répression du banditisme). Mais un article provocateur met le feu au poudre. Jacques Tillier accuse Mesrine d’avoir abandonné ses amis : un article destiné à provoquer Mesrine pour obtenir son interview. Entretien qui devait aussi permettre à Lucien Aimé-Blanc de localiser le truand numéro 1. Comprenant que le journaliste tente de « le doubler » , il l’emmène dans une grotte à Creil, où il le roue de coups et le laisse pour mort, après lui avoir tiré plusieurs fois dessus.
Le sujet est sensible dans la rédaction. Quelles seront les réactions ? Aurons-nous un mot d’ordre de censure Rendez-vous en septembre.
Mesrine, film policier avec Vincent Cassel et Gérard Depardieu, réalisé par Jean-François Richet. Sortie prévue en septembre.
Il n’est pas aisée de dévoiler les coulisses d’un journal quel qui soit. Ça ne se fait pas, c’est tout. C’est un principe de non-dit qui s‘impose de manière latente dans toutes les rédations. En général, on bave dessus une fois parti dans un bouquin rarement lu sauf par la profession. C’est pourquoi je prends quelques précautions.
Les noms de certains protagonistes ne seront pas divulgués et seront déterminés par la fonction qu’ils occupent. Pour autant ne vous attendez pas à une quelconque forme de délation. Je laisse à Freedom le soin de l’entretenir.
C’est avant tout l’histoire d’une île que je vais tenter de vous raconter à travers le quotidien des hommes et des femmes qui composent ce journal.